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GOUVERNEMENTS DE GUERRE

LA GRANDE GUERRE

En 1914, lors des élections législatives, j'avais fait toute ma campagne électorale en défendant énergiquement la loi de trois ans que j'avais votée. Cela n'avait pas été sans me créer de sérieuses difficultés dans les milieux avancés qui me soutenaient et si j'arrivais au premier tour, avec plus de 5 000 voix de majorité sur mon concurrent le plus favorisé, j'étais tout de même mis en ballottage pour une centaine de voix. C'est que mes nombreux concurrents, qu'ils fussent modérés, royalistes ou socialistes, s'étaient tous prononcés, leur intérêt électoral étant en jeu, contre la loi salvatrice qui devait fournir les effectifs nécessaires, à ce moment, à notre armée.

Quatre jours avant l'agression allemande, on m'offrait à Château-la-Vallière, calme et pittoresque chef-lieu de canton de ma circonscription, situé à la frontière de la Sarthe, connu surtout des chasseurs et des touristes, un banquet, qui, sous une tente immense, réunissait deux mille personnes. On y fêtait mon élection récente. Dans l'atmosphère angoissée par l'attente de la guerre prochaine, je repris mes arguments en faveur de la loi de trois ans, aux applaudissements de ceux-là mêmes qui, plus prévoyants ce jour-là que la veille, ne m'avaient pas ménagé leurs critiques.

Quelques jours après, la guerre était déclarée. J'avais dû, à la veille de ce jour terrible, aller plaider à Reims. Ma plaidoirie terminée, je repris un train vers cinq heures pour rentrer à Paris, après avoir dû me faufiler au travers d'une foule compacte qui, devant la gare, attendait les nouvelles. Angoissé, j'éprouvais le besoin, à mon arrivée à Paris, de prendre quelque exercice, pour chasser les idées noires et je marchais de la gare de l'Est à la Concorde. Arrivé rue Royale, devant le Ministère de la Marine, je croisais M. de Schoën, ambassadeur d'Allemagne à Paris. Nous nous connaissions naturellement fort bien et M. de Schoën m'aborda sur le trottoir. Je lui fis part de mon pessimisme ; il chercha à me rassurer en m'affirmant que tant que le Kaiser ne se serait pas prononcé, aucun espoir n'était perdu. Etait-il sincère ? Ne cherchait-il pas un incident dans cette grosse foule nerveuse et surexcitée qui circulait ? Je n'en sais rien et j'abrégeais la conversation.

Toujours est-il qu'à toutes fins utiles, comme on dit au Palais, j'allais au Quai d'Orsay informer le Président du Conseil Viviani de ma courte conversation. Le lendemain, l'ordre de mobilisation était affiché et je partais à Tours où j'étais mobilisé au 70e Régiment, comme sous-lieutenant d'Infanterie. Ce ne fut pas pour longtemps, car le soir même de mon retour, j'étais rappelé à Paris afin d'assister à la séance de la Chambre et de donner, comme rapporteur du budget de la Guerre, ma signature pour les crédits de mobilisation.

En arrivant à la gare d'Orsay, j'appris l'assassinat de Jaurès et je fus au Ministère de l'Intérieur où m'avait convoqué le Ministre Albert Sarraut. Le lendemain, jassistais à la séance de la Chambre où Deschanel et Viviani avaient prononcé les discours qui honorent encore la Tribune française. Paul Deschanel qui m'aimait beaucoup me pressa dans ses bras lorsque je vins lui dire adieu et cette fois, pour tout de bon, je partis vers ma vie de soldat.

Je n'avais qu'une douzaine d'heures pour rejoindre mon régiment qui partait immédiatement ; le temps d'embrasser mes parents, ma femme et mes enfants, et je regagnais mon unité, qui était en partie cantonnée dans le lycée de jeunes filles de Tours, où une chambre de surveillante fut, pour une nuit, ma chambre.

Nous partîmes dès le lendemain à midi et arrivâmes à Ivry à 3 heures du matin ; de là, par une chaleur accablante, nous gagnâmes le cantonnement prescrit à Montmorency, après avoir traversé tout Paris et fait plus de 40 kilomètres. Dans cette première marche, le régiment avait 500 éclopés (insolations, ampoules, courbatures etc.) dont il fallut immédiatement renvoyer 200 au dépôt de Tours. C'était un beau début !

La division à laquelle appartenait mon régiment était, avec trois autres divisions, placée en couverture de la zone fortifiée de Paris. C'étaient de médiocres unités, assez mal commandées, composées uniquement de vieilles classes de réservistes et de territoriaux. Ces régiments où officiers et soldats n'avaient pas su immédiatement dépouiller leur personnalité civile pour n'être que des soldats, étaient traversés de passions politiques qui nuisaient à la discipline et au bon moral que devaient avoir des troupes en campagne. Tout cela, heureusement, s'arrangea assez vite. Nous occupions un secteur de la zone Nord de Paris qui s'étendait jusqu'à Chantilly et peu de temps après l'insuccès de nos troupes dans le Nord et dans l'Est, nous fûmes au contact avec les avant-gardes allemandes qui dégringolaient vers Paris. L'armée von Kluck, avant de s'infléchir vers l'Est afin de ne pas être coupée de l'armée du Kronprinz stoppée par Sarrail à Verdun, descendit directement sur Paris. Ses avant-gardes atteignirent Luzarches qui marque son avance extrême en direction de Paris ; j'y étais avec mon peloton d'infanterie avec quelques dragons qui m'avaient été adjoints et que commandait le maréchal des logis de Saint-Genies qui fut tué avec deux de ses hommes sur la place des Halles de Luzarches.

Quand l'armée allemande, abandonnant provisoirement Paris, marcha vers l'Est, les divisions qui couvraient Paris firent le même mouvement et celui-ci porta mon régiment vers Louvres puis vers Nanteuil-le-Haudoin. La division à laquelle il appartenait avait pour mission de s'opposer, le cas échéant, à deux divisions de cavalerie allemande, qui se tenaient prêtes, au cas où les lignes françaises auraient été percées, à tourner et à déborder nos troupes. Nous occupions ainsi l'extrémité gauche du dispositif français et mon bataillon agissait en soutien de notre artillerie divisionnaire. Nous n'eûmes, heureusement, pour ainsi dire, pas à intervenir, ce qui nous permit de nous rendre compte de l'évolution de la première bataille et de la première victoire de la Marne.

On a beaucoup épilogué sur cette victoire et on a ardemment discuté sur le point de savoir à qui en revenait le mérite, à Joffre ou à Galliéni. Si l'avis d'un spectateur et un peu acteur de la bataille peut avoir quelque valeur, c'est aux deux. Joffre avait, dans une retraite stratégique de premier ordre, magnifiquement décroché ses troupes et les avait regroupées dans Paris ; celles du Nord, par marches forcées, celles de l'Est par voie de fer. J'ai vu la retraite des armées du Nord, ce n'étaient pas des troupes en débandade, la retraite s'effectuait dans un ordre parfait, avec chaque unité et chaque gradé à sa place et le moral, malgré les échecs, était intact.

J'ai, hélas, vu en 1940, la déroute, nos soldats débandés, harassés, sans chefs pour les commander, s'éparpillant partout, ayant à peu près comme seul objectif celui d'échapper à l'ennemi.

La retraite stratégique ordonnée par Joffre avait reconstitué l'armée française et cette reconstitution lui donnait la force et le cran qu'il fallait pour contre-attaquer et vaincre.

Mais la manoeuvre hardie, conçue et réalisée par Galliéni, avant que les ordres ne vinssent, avec des moyens de fortune, - les taxis parisiens - avait jeté sur le flanc droit de l'ennemi, qui ne s'y attendait pas, des forces qui devaient transformer en victoire décisive une énorme bataille jusqu'alors indécise. Joffre avait permis la victoire, Gallieni en avait décidé.

Fin novembre, mon régiment ayant été mis au repos dans l'Oise, puis réorganisé par l'affectation dans d'autres corps d'un certain nombre d'officiers et d'hommes, je fus appelé deux semaines à Paris pour y faire un stage d'Etat-Major et je fus nommé ensuite officier d'Etat-Major. Fin décembre, je fus envoyé dans le Nord, à Dunkerque, puis à Poperinghe où je fus témoin de la première attaque allemande aux gaz asphyxiants, enfin à Ypres et à Nieuport.

En février 1915, je fus rappelé à Paris. J'étais rapporteur général du budget de la Guerre et l'aviation n'avait pas encore, à ce moment, un budget séparé. Le Président Viviani, conscient de l'infériorité de notre aviation et du grand désordre qui régnait dans notre production, me demanda de m'attacher de très près à cette question.

Le directeur de l'aviation au Ministère de la Guerre était le général Hirschauer, homme distingué et éloquent, qui fut plus tard mon excellent collègue au Sénat. Le général Hirschauer réclamait, très naturellement, depuis le début des hostilités un commandement aux armées ; lorsqu'il l'eut, il témoigna d'ailleurs de ses brillantes qualités. Mais en juin 1915, on n'avait pu encore, pour des raisons de service fort légitimes et à raison de la difficulté qu'on éprouvait à le remplacer au Ministère, lui donner satisfaction. Il en éprouvait une certaine amertume qui l'empêchait, au poste où il était, de donner toute sa mesure. De plus, ses rapports avec le Grand-Quartier étaient franchement mauvais ; Hirschauer, le fournisseur d'avions, était autoritaire ; le colonel Barrès, l'utilisateur de ces mêmes avions, chef de l'aviation au Grand-Quartier ne l'était pas moins, de plus, il n'avait que des galons et pas encore d'étoiles, d'où les heurts quotidiens entre les deux hommes, ce qui n'était pas fait pour favoriser la mise en ordre et le développement pourtant si urgent de notre aviation militaire.

Après que j'eus, pendant plus de trois mois, fait complètement le tour de toutes les questions, je fis, sur sa demande, un exposé de trois heures au Président Viviani. Il décida alors la création d'un Sous-Secrétariat d'Etat à l'aviation militaire, et j'y fus appelé par le Conseil des Ministres.

Millerand, le Ministre de la Guerre d'alors, avait un autre candidat, Pierre-Etienne Flandin, qui avait, au surplus, des titres sérieux à ce poste, mais pour des raisons que je n'ai jamais connues, je lui fus préféré. Je dois dire, d'ailleurs, que Millerand avec lequel j'entretenais de bonnes relations et qui voulut bien, plus tard, faire de moi son Ministre de l'Intérieur dans le cabinet qu'il constitua, me fit le meilleur accueil et fit preuve à mon égard de la plus grande franchise et de la plus sincère confiance pendant tout le temps qu'il demeura rue Saint-Dominique.

Je ne me dissimulais pas que ma tâche était extrêmement délicate. Je me trouvais devant le désordre le plus évident ; j'avais d'une part, devant moi, des constructeurs dont la plupart ne voulaient accepter aucune discipline de production et, d'autre part, des militaires faisant preuve d'exigences absolument incompatibles avec les moyens de production dont nous disposions. Du coté "constructeurs", les intérêts les plus sordides se faisaient jour, soutenus par des journalistes, notamment par le sénateur Charles Humbert, directeur du Journal à ce moment ; trop de constructeurs mettaient au pillage le budget de l'Etat, les prototypes inutilisables se multipliaient au détriment de la production en série dont nous avions un si urgent besoin et qu'à juste titre les militaires réclamaient avant tout. Les écoles d'aviation prenaient un essor nouveau et nous formions des pilotes, mais il n'y avait pas d'avions à leur donner.

Quand on sut que je créais une commission des prix où les industriels étaient d'ailleurs largement représentés et que présidait le plus honnête d'ente eux, quand j'imposais à tous d'utiliser la totalité de leurs forces de production à construire dans une proportion illimitée les trois ou quatre modèles demandés par l'armée et pas d'autres, quand on comprit enfin que la corruption ne franchirait jamais la porte de mon ministère où je n'avais que des collaborateurs sûrs, ce fut un beau vacarme dans le monde des constructeurs d'avions. Adversaires politiques ambitieux déçus, journalistes stipendiés, groupés et organisés, mirent tout en oeuvre pour me rendre la tâche impossible.

Charles Humbert chez lequel j'avais refusé d'aller dîner avec quelques constructeurs de "sa bande" avait été humilié et leur avait promis "d'avoir ma peau", un constructeur connu, ancien aviateur de la période héroïque et glorieuse venait tous les jours dans mon antichambre se livrer à une propagande effrénée contre moi, à tel point que je dus le faire expulser ; dès qu'un aviateur du front venait en permission à Paris, on le conviait à des déjeuners bien arrosés et on lui faisait faire devant des journalistes des déclarations sensationnelles dirigées contre moi, et tout cela en pleine guerre, alors que mes détracteurs avaient parfaitement conscience du préjudice qu'on portait à la défense nationale et de la stupidité des attaques qu'on déclenchait contre moi.

Mais l'opinion publique, si facile à berner, était émue. Je n'étais ni un pilote, ni un ingénieur, et à cette époque on en était encore à la croyance illusoire de la supériorité des techniciens pour gouverner. Pourtant, pas un modèle nouveau ne sortait des ateliers sans que j'en fasse moi-même l'essai avec le pilote chargé de cette besogne ; c'est dire la conscience que j'apportais dans l'accomplissement de ma mission.

J'étais soutenu heureusement et très vivement défendu par le Quartier Général, par le colonel Barrès et son Etat-Major, qui voyaient, eux, arriver les avions, et aussi par l'immense majorité des pilotes... quand ils ne déjeunaient pas à Paris.

C'est ce qui me donna le courage de rester sept mois au Ministère de l'Air ; sans cela, plein de dégoût, je l'aurais quitté bien avant. Mais le résultat fut aussi que lors de la bataille de Verdun, en 1916, l'aviation française, sans être encore complètement au point, put remplir très honorablement sa tâche et se développer ensuite, au coeur de la guerre, dans des conditions satisfaisantes.

Lorsque j'évoque cette période, en la voyant avec le recul du temps, je me félicite de ne pas avoir cédé à l'un de ces moments de découragement dont je connais si souvent l'amertume.

Mon Ministre, le général Galliéni, déjà très affaibli par le mal qui devait l'emporter, circonvenu par quelques personnages de son entourage dont on avait, par les moyens habituels, excité l'hostilité, tremblant devant Clémenceau et devant Mandel, dont je ne dirai rien puisque les Allemands l'assassinèrent, ne me soutenait d'aucune manière. Aussi, lorsque je me rendis compte que les machines tournaient rond, que le volant de production marchait à vive allure et qu'il était désormais impossible de l'arrêter, je donnais ma démission. Briand, mon Président du Conseil, essaya bien, avec des paroles affectueuses, de me retenir, le Président de la République aussi, mais au fond, je n'étais pas sûr que devant les attaques d'une presse déchaînée qu'ils redoutaient, ils fussent aussi désolés de mon départ qu'ils voulaient bien me le dire, et comme ma résolution était prise, je partis, laissant à mon ami Daniel Vincent qui partageait toutes mes idées et qui devait me succéder, le soin de continuer ma tâche. Il le fit avec toute cette volonté têtue et ce courage tranquille qui étaient la marque de son caractère.

Libéré de mes devoirs ministériels, je demandais au général Joffre de me donner une nouvelle affectation aux Armées sans lui indiquer de préférence. Je n'étais que lieutenant et fus affecté à l'Etat-Major de la 1ère Armée que commandait à Toul le général Roques, soldat de haute valeur, dont le corps du Génie auquel il appartenait était justement fier. Je connaissais le général Roques et celui-ci m'accueillit avec beaucoup de sympathie. Il devait, quelques mois après, nous quitter pour devenir Ministre de la Guerre et fut remplacé par un cavalier, le général Mazelle qui était, lui aussi, un chef éminent. Le chef d'Etat-Major était le général Sérot d'Almeyras, ancien attaché militaire à Bruxelles, homme d'une rare distinction. Il m'affecta au 2e Bureau, ce qui était indiqué et me chargea particulièrement des reconnaissances en ballon captif et en avion, des interrogatoires des prisonniers et de la liaison avec les autorités civiles et la Préfecture de Nancy. A ce moment, le secteur, où s'étaient livrées des batailles acharnées, était redevenu complètement calme et la 1ère Armée avait surtout pour mission de recevoir les unités décimées qui sortaient de l'enfer de Verdun, de les reformer en les alimentant en hommes et en matériels et de les renvoyer dans la mêlée. Je fus plusieurs fois appelé à faire la liaison avec Verdun et c'est là que je connus le général Pétain, qu'en 1917, revenu au Ministère de la Guerre, je devais avoir tant d'occasions de rencontrer. J'eus comme camarade, pendant quelques jours seulement et pour se documenter sur la bataille de Verdun, Henri Bordeaux, que nous accueillîmes avec respect, mais qui n'eut pas le don de rendre moins triste l'atmosphère d'ennui qui régnait à Toul où les officiers d'Etat-Major n'avaient pas un labeur excessif, et qu'on ne sait pourquoi, les avions allemands bombardaient avec une régularité à peu près quotidienne.

En mars 1916, l'ordre arriva de me diriger sur la mission militaire française à Rome où j'étais affecté ; j'y restai jusqu'au moment où le général Lyautey, nommé Ministre de la Guerre, m'appela à ses côtés en qualité de Sous-Secrétaire d'Etat.

Une collaboration avec Lyautey était épuisante ; il exigeait de tous ceux qui étaient à ses côtés un travail accablant. Lui, ne connaissait pour son labeur ni jour ni nuit, et il devait en être de même pour ceux qui l'entouraient. Mais quel chef ! Quelle puissance d'organisation ! Quel amour du pays ! Seulement, Lyautey ne pouvait pas supporter que quelqu'un eut barre sur lui, ni président du Conseil, ni Assemblée nationale. La souveraineté de cette dernière, il la considérait comme inexistante ; il refusait de s'y plier, il voulait être un chef sans contrôle, ce qui n'était pas une position commode pour un Ministre responsable devant le Parlement. Au moment où nous étions rue Saint-Dominique, de nombreuses interpellations visant le Ministère de la Guerre étaient déposées ; les remous qui se produisaient dans les armées en campagne, les manifestations qui se déroulaient aux abords des gares, à l'arrivée des trains de permissionnaires, l'alimentation des troupes, etc., etc., étaient des sujets faciles pour les députés d'extrême gauche qui ne se privaient de prendre des attitudes démagogiques à la tribune. Naturellement Lyautey se refusait à répondre à ces discoureurs qui l'agaçaient et c'est moi qui avais la mission assez aisée de leur tenir tête. J'usais d'ailleurs d'un procédé assez efficace ; dès que j'étais avisé qu'une interpellation était déposée, je prenais rapidement connaissance du dossier, puis, muni des informations spéciales qui m'étaient fournies par mes services, je demandais la discussion immédiate. Neuf fois sur dix, l'interpellateur n'était pas prêt ; il n'avait fait qu'un geste et comptait sur quelques semaines pour se documenter et préparer ses effets à la tribune, aussi se dégonflait-il lamentablement et se faisait-il battre. Naturellement, ces succès me suffisaient et je ne cherchais pas à envenimer les choses. Mais ce n'était pas du goût de mon Ministre qui me reprochait toujours de ne pas avoir été assez cassant et assez brutal envers ces bavards pour lesquels il n'avait que mépris.

Lui, il l'était, notamment lorsqu'il avait pour interlocuteur Pétain qu'il détestait, partageant en cela l'opinion de Poincaré. Le Général en Chef était assez fréquemment convoqué par le Ministre ; les opérations, et peut-être plus encore les mouvements séditieux qu'on constatait dans certains corps de troupes, inquiétaient à juste titre le commandement et le gouvernement. Pétain, auquel tant de fautes criminelles ont pu justement être reprochées par la suite, se tirait avec un sens certain de l'humain des difficultés du moment. Un jour, je reçus de mon Ministre un appel téléphonique me demandant de descendre immédiatement dans son cabinet, ce que je fis. J'y trouvais Pétain ; Lyautey, qui était au paroxysme de la fureur, s'agitait devant Pétain, blême de rage contenue ; les injures et les gros mots sentrecroisaient et je crois que les deux hommes allaient en venir aux mains. Attristant spectacle dans un pareil moment ! Je parvins tout de même à leur le leur faire comprendre et ils se séparèrent sans autre incident. La discussion était née du heurt de conceptions différentes, du choc de prérogatives dans l'exercice du commandement, dont chacun des deux prétendait avoir le privilège et enfin, et surtout, de l'antipathie qui s'affirmait entre les deux grands chefs.

Les fonctions ministérielles de Lyautey prirent fin sur un incident stupide. Le Ministre, pour une fois, avait décidé de répondre lui-même à une interpellation banale sur l'aviation. Au Conseil des Ministres tenu le matin, le Ministre de la Guerre nous avait déclaré, sur un ton un peu inquiétant, que sa réponse aux interpellateurs étonnerait tout le monde. Le Président du Conseil, Briand, que sa prudence naturelle avait mis en éveil, suggéra doucement à son Ministre de la Guerre qu'il pourrait se faire seconder par moi qui avais été Sous-Secrétaire d'Etat à l'Aviation Militaire, bien sûr que, le cas échéant, je calmerais mon fougueux Ministre. Mais celui-ci refusa net : "J'ai en Besnard, dit-il, une absolue confiance pour tout, mais en matière d'aviation nous n'avons pas les mêmes théories et je veux être seul". C'était d'ailleurs une affirmation purement gratuite, car en réalité, nous n'avions jamais eu l'occasion de discuter sérieusement des questions d'aviation, mais j'ai compris, après, pourquoi il voulait être seul ! Briand n'insista pas, mais à la sortie du Conseil il m'emmena déjeuner avec lui au Quai d'Orsay et me fit part de nouveau des craintes que lui inspirait l'attitude et le tempérament de Lyautey et il me pria, sans froisser ce dernier, de me tenir au courant de l'évolution de l'interpellation. C'est ce que je fis, elle se déroulait au surplus dans un calme absolu. Vers huit heures, avant de rentrer chez moi, je passais cependant à la Chambre ; rien ne faisait prévoir un incident et je revenais tout à fait rassuré et je repartis très tranquille, vers neuf heures, au Ministère. J'y étais à peine que je reçus du brave père Etienne, grand admirateur de Lyautey, un coup de téléphone affolé. En deux mots il me narra l'incident : le Ministre était monté à la tribune afin de répondre aux interpellateurs, n'étant pas orateur il avait son papier à la main et dès le début, il avait exprimé, en quels termes ! ce qu'il fallait penser de l'ignorance des députés et de l'inconsistance du pouvoir parlementaire.

Les assemblées parlementaires ont toujours un fort parti pris contre les généraux, même s'ils servent admirablement le pays, et me dit Etienne, ce fut un tumulte étourdissant ; Lyautey avait quitté la salle sous les huées et signé sa démission. Etienne me demandait de venir en toute hâte. J'essayais de raccommoder la porcelaine et Lyautey, se rendant immédiatement compte de la formidable erreur de psychologie qu'il avait commise, le désirait lui-même, mais tous mes efforts et ceux du Président Etienne furent vains. Briand, que j'étais allé trouver au Ministère de la Justice où il avait encore sa chambre, prit, pendant que je lui faisais le récit des événements, entre deux bolées de cidre, la chose assez philosophiquement, comprenant cependant que cette démission, dans les conditions où elle s'était produite, portait un rude coup à son cabinet.

En effet, quelques semaines après, Briand quittait le pouvoir et Painlevé, avec lequel j'étais resté quand il avait remplacé Lyautey au Ministère de la Guerre, devint à son tour Président du Conseil.

J'avais passé auprès de lui une période bien critique, celle de l'offensive manquée de 1917 et celle de l'examen des dossiers de condamnation à mort, prononcées par les cours martiales et les tribunaux militaires, lors des émeutes de 1917. L'offensive de 1917, qui ne fut prise qu'après des réticences nombreuses, et décidée à contrecoeur après la réunion de Compiègne au Quartier Général, fut avant tout loeuvre de Nivelle, le général en Chef, celle de Mangin, soldats splendides et impétueux, mais en la circonstance trop audacieux, et aussi celle de Clémenceau qui les inspirait. La veille du jour "J", Painlevé me confia la mission de voir tous les états-majors d'armées du front de bataille et de lui rendre compte de ce qu'on y pensait. Chez le général Duchesne dont la mission était de s'engouffrer avec ses troupes dans la brèche qui devait être ouverte par Mangin, on était plus que sceptique et le commandant de cette unité me dit, lui-même, qu'il n'aurait probablement et malheureusement rien à faire. Au Quartier Général de Mazelle, près de Reims, c'était le même son de cloche, partout où j'allais au hasard de ma route, les chefs étaient sans enthousiasme. Au P.C. de Mangin où j'eus la grande surprise de trouver Clémenceau, président de la commission de l'Armée au Sénat, dont la présence était un peu insolite, on était, au contraire, à l'exception du chef d'Etat-Major, plein d'entrain et de confiance. Je déjeunais avec Clémenceau, à ce moment-là mon adversaire intime, avec Mangin et quelques officiers, leur résolution était admirable. J'appris que Clémenceau coucherait au P.C. de Mangin pour assister à l'attaque. Je revins à Paris dans la nuit, bouleversé de ce que j'avais vu et entendu et je rendis compte, naturellement, immédiatement au Ministre. Il était, hélas, trop tard pour arrêter une offensive voulue par le Haut Commandement qui avait donné tous ses ordres. L'attaque fut déclenchée au point du jour sans que l'aviation, en raison du temps, ait pu donner d'indications précises. Les Allemands avaient évacué leurs premières lignes que nos troupes avaient facilement absorbées, mais sur les secondes lignes un feu terrible les attendait ; à dix heures, l'offensive était stoppée et l'ordre du Ministre y mettait fin ; mais des milliers d'hommes étaient tombés et les troupes, devant ce massacre, restaient comme hébétées. L'après-midi, je reçus dans mon cabinet le député capitaine Ybernegaray, qui, au matin, avait bravement combattu. Il arrivait en auto pour supplier le Ministre de faire cesser le combat. L'ordre était déjà parti.

Le trouble que cette offensive jeta dans l'armée fut loin d'être étranger aux événements très graves qui devaient se passer par la suite ; de nombreux actes d'indiscipline, commis les armes à la main, s'étaient produits sur beaucoup de points du front. Avec habilité, doigté et fermeté, le Général en Chef avait rétabli l'ordre, mais les tribunaux militaires avaient sévi et plus de 6 000 condamnations à mort avaient été prononcées, un certain nombre par des cours martiales et sans aucune garantie pour les accusés dont quelques-uns avaient été fusillés séance tenante. Le Commandant en Chef avait lui-même prononcé un très grand nombre de commutations et ce furent environ 2 000 dossiers de condamnation à mort qui nous parvinrent au Ministère de la Guerre. Chargé de la justice militaire, je donnais les ordres suivants : les dossiers seraient d'abord examinés par le Directeur de la Justice Militaire, M. Matter, avocat général à la Cour de Cassation.

M. Matter était un magistrat de haute valeur et de haute conscience et il fut entendu entre lui et moi que, chaque fois qu'il se prononcerait pour la grâce, j'entérinerais sa décision sans même que le dossier fût examiné à mon cabinet. N'y parvenaient donc que les dossiers pour lesquels M. Matter n'avait pas cru devoir se prononcer pour la grâce. A mon cabinet, ces dossiers étaient examinés par deux de mes collaborateurs immédiats, l'un, avocat distingué, l'autre, substitut au Tribunal de la Seine, et là encore, lorsque mes deux collaborateurs se prononçaient pour une grâce, elle était automatiquement entérinée.

Enfin, ce qui restait parmi ces dossiers me parvenait ; je les examinais moi-même avec toute la conscience dont j'étais capable et le Ministre, d'avance, approuvait ma décision lorsque c'était une décision de grâce.

Puis, avec Painlevé, ce grand honnête homme, nous examinions tous les deux seuls les dossiers. A ce travail angoissant, nous passions, car il fallait aller très vite, une partie de nos nuits, puis, les dossiers pour lesquels nous avions dû conclure, la mort dans l'âme, à l'exécution de la peine, partaient à l'Elysée. Là, le Président Poincaré, auquel revenait la décision suprême, les examinait en homme et en juriste hautement conscient de la responsabilité qu'il prenait et souvent après avoir demandé des explications personnelles.

Ainsi, sur ces milliers de condamnations, quarante peines seulement furent exécutées et ce fut, là, l'une des plus angoissantes mais des plus nobles tâches que j'eus jamais à remplir ; ne juger moins par les élans de son coeur que par les nécessités de la justice et de l'exemple, surtout lorsqu'il s'agit de soldats accablés par le destin, c'est la plus dure tâche à laquelle un homme ayant quelque générosité dans le coeur puisse se livrer.

Quand le Ministre de la Guerre prit la Présidence du Conseil, il m'attribua le portefeuille des Colonies et je revins pour la seconde fois rue Oudinot. Je retrouvais avec plaisir cette maison où il y avait à remplir une mission si intéressante et si utile ; je m'y remis avec beaucoup de coeur et de satisfaction intérieure.

Mais le ministère Painlevé dura peu ; Clémenceau prit le pouvoir ; s'entoura, ce qui était naturel, de ses collaborateurs dont je n'étais évidemment pas et ce fut la période qui précéda la victoire et où se développa avec une inflexible logique cette force d'autorité et de patriotisme qui était toute l'âme de Clémenceau et qui contribua si puissamment au succès de nos armes.

J'avais, après cette assez longue période de présence au Gouvernement, repris, comme capitaine, une affectation à l'Etat-Major de la 8e Armée, commandée par le général Gérard, un chef éminent, qui cachait sous une apparente dureté une immense bonté et auquel ses opinions si nettement républicaines avaient valu, au début de la guerre, des attaques partisanes qui ne lui avaient pas permis de donner toute sa mesure. En mai 1918, j'étais venu en permission régulière à Paris pour quelques jours ; je me trouvais chez moi où j'étais seul lorsque le téléphone retentit ; j'avais au bout du fil Clémenceau lui-même. En quelques mots, il m'indiqua, qu'à raison de la situation militaire, il craignait que le gouvernement ne fût obligé de quitter une seconde fois Paris, et que, ne voulant pas que la capitale restât sans gouvernement en face de l'ennemi, il avait décidé de créer un Comité de Défense de Paris qui serait l'émanation directe du Gouvernement. Il me demandait de prendre, le cas échéant, dans ce comité et sous l'autorité du gouvernement régulier, la charge du Ministère de l'Intérieur.

Je lui répondis que j'étais à ses ordres, mais qu'étant données nos relations assez tendues, j'étais surpris qu'il s'adressât à moi. Il eut alors ce mot :" Mon cher Besnard, au cas où les Allemands arriveraient à Paris, les premiers hommes fusillés par eux seraient évidemment les membres du Comité de Défense, alors, vous comprenez, mon cher Besnard, j'ai tout de suite pensé à vous". Même dans les moments les plus tragiques, Clémenceau restait gouailleur et gavroche ! Il me demanda de me rendre sans délai rue Saint-Dominique et m'expliqua ce qu'il attendait de moi et de mes futurs collègues.

Le Comité, présidé par Doumer assisté du Gouvernement Militaire de Paris, comprenait un certain nombre d'hommes politiques parmi lesquels Abel Ferry qui fut tué au cours d'une mission d'inspection aux avancées de la défense de Paris.

Le Comité se réunit aux Invalides pendant environ deux mois et la situation militaire ayant été fort heureusement redressée avec une rapidité incroyable, grâce surtout aux offensives de Mangin, qui, cette fois, autour de Compiègne, connurent de prodigieux succès, le gouvernement ne partit pas et lorsque le sort de Paris fut définitivement réglé et la victoire assurée, le Comité fut dissous. En réalité, il n'avait eu qu'à se préparer à une tâche qui, fort heureusement, devenait inutile.

Je rejoignis donc mon Etat-Major. La 8e Armée était désignée pour occuper l'Allemagne ; l'armistice survenant, elle n'alla pas très loin et son Etat-Major s'installa à Hagueneau. Ce fut pour moi l'occasion d'assister à l'entrée de l'armée Gouraud à Strasbourg.

Jamais je n'ai eu devant les yeux le spectacle d'un enthousiasme semblable ; les Allemands et les pro-allemands s'étaient naturellement terrés ; les Alsaciens laissaient bruyamment déborder leur joie ; les femmes avaient toutes revêtu leur costume provincial avec les grandes ailes de leurs bonnets qui semblaient être les ailes de la victoire ; on chantait, on dansait, on s'embrassait dans toutes les rues ; on criait "Vive la France, Vive l'Armée" tandis que les soldats de Gouraud précédés de leur chef mutilé, si beau dans son impassibilité de héros légendaire, défilaient impeccablement sur la place de l'Empereur où gisait la statue de Guillaume II déboulonnée et dans la rue qui bordait la délicieuse promenade du Breuil. Les hôtels de Strasbourg étaient bondés car tous les officiers libres qui se trouvaient dans la région étaient accourus à Strasbourg. J'y retrouvais aussi des parlementaires : le général Pedoya, Président de la Commission de l'Armée de la Chambre, Eckart, le réputé avocat de Strasbourg qui fut par la suite mon collègue au Sénat, mon ami le docteur Lesné, aujourd'hui membre de l'Académie de Médecine, Maurice Barrès qui, ivre de joie, prononça, juché sur une table de la Brasserie du Chapeau Rouge, une des plus belles et des plus étonnantes improvisations que j'aie jamais entendu. D'habitude, cet écrivain, ce penseur de génie, n'était pas éloquent ; ce soir-là, au milieu d'une foule déchaînée, il fut sublime. Pour les hommes de ma génération qui, nés moins de dix ans après la guerre de 1870, avaient été élevés dans le culte de la revanche, ce fut une inoubliable journée, auprès de laquelle les cérémonies officielles qui se déroulèrent quelques semaines après, n'eurent que peu de signification. Je n'avais jamais voulu mettre les pieds à Strasbourg tant que cette ville glorieuse avait été sous la botte allemande.

Quand j'y vis défiler en vainqueurs les soldats français, il me sembla que jusqu'alors ma vie n'avait été vécue que pour cette journée et qu'ayant eu la joie la plus immense qu'un patriote puisse ressentir, elle pouvait cesser sans que, à part la tendresse que je portais à ma femme et à mes enfants, la joie que j'en éprouvais, j'aie rien à regretter.

Le surlendemain, après avoir vu défiler sur le pont de Kehl des centaines d'Alsaciens encore sous l'uniforme allemand, avec des cocardes tricolores accrochées à leur tunique et à leur béret et qui avaient déserté et fui pour regagner leur pays, nous partions pour Haguenau où la 8e Armée devait faire son entrée officielle après avoir traversé la splendide forêt qui sépare cette ville de Strasbourg. L'accueil de la population fut cordial, sans plus, et je fus chargé de répondre au nom de l'Etat-major aux souhaits de bienvenue qui avaient été apportés par la municipalité. Nous restâmes dans cette jolie agglomération où nous logions dans un hôtel accueillant et confortable, pendant quelque temps, puis nous partîmes pour Landau où je fus démobilisé en janvier 1919 après avoir eu aussi la joie de me trouver par hasard le 11 novembre 1918 à Paris et d'y assister à l'explosion de bonheur et de fierté de l'armistice.

Ainsi se termina cette période tragique où les circonstances avaient voulu que ma vie fut partagée entre mes devoirs de soldat et mes obligations de ministre et qui se termina en me laissant le sentiment que j'avais pu, en quelque mesure, bien servir mon pays.

Après ma démobilisation, je fus nommé membre de la Commission chargée d'examiner le traité de Versailles. Je fus de ceux qui y soutinrent, contre Clémenceau, la thèse de Foch, le Rhin frontière de la France, et celle de la diplomatie française qui s'opposait au partage de l'Autriche. Clémenceau qui, évidemment, n'était pas libre et subissait fortement, comme durant toute sa vie, la pression de l'Angleterre alors mal inspirée, comme elle le fut dans d'autres circonstances, admit la thèse de ses interlocuteurs qui n'était certes pas la meilleure pour les intérêts français. Il avait écarté des négociations Briand qui était pourtant l'homme d'Etat le mieux qualifié pour soutenir les droits de la France.

Clémenceau avait été l'admirable artisan de la victoire ; il devait être le médiocre négociateur de la paix et porte de ce chef une lourde responsabilité devant l'Histoire, mais, encore une fois, la France n'avait pas gagné la guerre toute seule et Clémenceau ne faisait pas la paix tout seul, sans cela il l'eût certainement faite d'une autre façon.

Il se rendit d'ailleurs parfaitement compte des erreurs que nos amis américains et anglais l'obligeaient à commettre et qui venaient s'ajouter à celles qu'il commettait lui-même quand, par exemple, il infligeait à l'Italie qui avait été à nos côtés pendant la guerre des humiliations qui ne furent jamais pardonnées.

C'est ainsi qu'un jour il me disait dans son cabinet : "Si j'étais mort au lendemain de l'armistice, j'aurais été enterré au milieu d'une foule unanime dans ses regrets et dans ses chagrins ; si on m'enterre au lendemain du traité de paix, ce ne sera pas la même chose".

Il disait vrai et on s'en aperçut bien, lorsqu'après "avoir bien mérité de la Patrie", ainsi que cela fut solennellement proclamé par les parlementaires, il fut battu par ces mêmes parlementaires à la Présidence de la République.


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Trystram David 2001-12-02